Au menu : Nîmes, cité bimillénaire aux ingrédients d'un autre temps, accompagnée d'une garrigue aux contours infinis. Roulage impérial, sportif avec une pincée de culture pour une dégustation acidulée et douce à la fois.

© Texte & photos : Greg JEAN

Tandis que la saison de ski bat encore son plein, je quitte mes Alpes pour quelques jours de VTT à Nîmes. La météo clémente du Gard garantit d’excellentes conditions pour rouler toute l’année. Attention tout de même à la chaleur en juillet-août et au froid avec le mistral en automne-hiver.
C’est dans le cœur antique de Nîmes que je retrouve Franck et Camille, purs locaux passionnés de VTT. Ils seront mes guides pour ce week-end en Languedoc-Roussillon, dans la cité bimillénaire et sur les spots alentours.

01. Nîmes, la Rome française.

La visite de Nîmes à vélo s’annonce spectaculaire. À peine en selle et me voila subjugué par l’imposante et élégante architecture de l’amphithéâtre le mieux conservé du monde romain : les fameuses arènes de Nîmes ! Si un jour, une course VTT ou une randonnée organisée devait parcourir le centre ville de Nîmes, un passage dans les arènes serait un bonus extraordinaire … imaginez-vous rouler au coude à coude dans un nuage de poussière, la foule catalysant vos efforts, enchainant les pif-pafs entre fauves et gladiateurs, … gérants de l’édifice si vous me lisez … Pour l’heure, nous restons tranquillement à l’extérieur et nous contentons d’un tour contemplatif. Ville à la fois romaine, camarguaise, cévenole, languedocienne, provençale et hispanique, Nîmes possède une forte identité aux atours foisonnants. Son surnom de « Rome française » n’est absolument pas galvaudé, tant par son riche passé antique que par les sept collines qui l’entourent. Cette topographie rend sportive sa visite à vélo et son urbanisme permet de combiner vélo tout terrain et culture !

Nos vélos tout terrain sont bienvenus pour nous amuser avec le terrain de jeu urbain. Sur la Piazzetta c’est “virages en épingle” !

Nous enchaînons les « incontournables » : les arènes, la Tour Magne, la Maison carrée, la Piazzetta, le castellum, les moult façades héritées de l’empire romain, la cathédrales, les chapelles puis les temples, car Nîmes fut un haut-lieu du protestantisme français et s’était affirmée comme la « petite Genève ». L’audacieuse « Guerre des Camisards » s’est d’ailleurs déroulée dans le tout proche relief cévenol. Nos vélos tout terrain sont bienvenus pour jouer avec le terrain accidenté et parfois technique des ruelles en pente, des chaussées pavées, des escaliers en pierre, et traverser les parcs arborés. Attention certains d’entre eux sont interdits à la pratique du vélo. C’est donc à pied en poussant nos spads que nous profitons du cadre bucolique des Jardins de la Fontaine. Cadre idéal pour un pique-nique au calme et dans la nature, pourtant en plein centre de l’agglomération. Nîmes jouit d’une culture et d’une histoire abondantes qui devraient lui permettre d’être bientôt classée au patrimoine mondial de l’UNESCO. Chaque coin de rue ou placette est un écrin pour statues, sculptures, et autres témoins de la dimension impériale des lieux. Cette visite est intense pour l’esprit et non dénuée d’efforts physiques. Une halte bienvenue dans les halles permet de profiter d’un pan plus moderne mais typiquement local de la capitale gardoise. Ambiance décontractée dans cet édifice commercial historique où toutes les populations se côtoient avec complicité. Les plats gourmands d’Arlette nous clouent un temps certain au comptoir d’un lieu de rendez-vous bien connu des épicuriens locaux : « Halles auberge », un restaurant convivial au milieu des commerces de bouche en tous genres.

02. Les Gorges du Gardon.

Les vélos chargés dans notre « char », depuis l’hôtel face aux arènes, en quinze minute nous rejoignons la garrigue. À peine de temps pour les galéjades et nous voilà immergés dans une bulle végétale où buis, genévriers, chênes verts et romarins ont peine à laisser place à un labyrinthe de petits sentiers.
Je ne boude pas mon plaisir d’avoir enfilé un short et d’humer les odeurs d’une végétation sortant, pourtant, à peine de sa léthargie hivernale. Au programme du jour : tournicotis dans la garrigue, descente dans les gorges du Gardon, parcours le long du lit du cours d’eau et le célèbre Pont du Gard.
Pour rejoindre les gorges, nous jouons avec les fines traces qui entaillent la végétation épineuse. Les manches longues sont appréciables ! Enchaîner les pif-pafs sur ce terrain rocailleux, mais non cassant, est un régal pour notre mise en jambe. D’un seul coup, la pente s’incline nous propulsant dans les gorges, où cent cinquante mètres plus bas coulent les eaux claires et pures du Gardon. Au cœur de cette immense faille, rouler le long de l’eau implique de rester vigilant. Rien d’extrême mais on a vite fait de louper une trajectoire. Par moment, chacun trouve sa trace au milieu des dalles, avant de retrouver un sympathique petit sentier slalomant entre les chênes verts. Un bon coup de guidon est nécessaire pour jouer avec le terrain technique. Pour s’extirper des gorges, notre remontée tranquille est l’occasion de parler cinéma. Ici furent tournées des scènes du film « Le salaire de la peur ». Déjà émerveillé par les lieux, c’est fasciné qu’un peu plus loin je focalise mon attention sur un aqueduc mondialement célèbre : le Pont du Gard.

Une pause contemplative sur les gorges du Gardon donne l’occasion de parler cinéma. Ici furent tournées des scènes du film « Le salaire de la peur », sorti en salle en 1953. Ce n’est qu’en 1990 que les débris du camion d’Yves Montand furent extirpés de la combe à droite par hélitreuillage.

" … l’édifice colossal impose avec élégance ses sculpturales arches en pierre sèche.Le Pont du Gard est la partie monumentale d'un aqueduc de plus de 52 km …"

03. Le Pont du Gard.

Au détour d’un buis, il m’apparait dans sa teinte orangée, celle qui annonce la fin de journée. Au milieu de rien, l’édifice colossal impose avec élégance ses sculpturales arches en pierre sèche. Le Pont du Gard est la partie monumentale d’un aqueduc de plus de cinquante deux kilomètres de longueur, qui apportait l’eau de la Fontaine d’Eure (Uzès) à la ville romaine de Nemausus, aujourd’hui Nîmes. Classé au Patrimoine mondial de l’UNESCO, les visiteurs y affluent du monde entier. Le VTT est donc un excellent moyen de le découvrir en évitant en partie la foule, et les parkings payants ! D’autant que les sentiers alentours sont très appréciables à VTT.
Vous pourrez bien entendu l’utiliser pour passer d’une rive à l’autre, ce sera l’occasion d’observer le paysage à travers ses arches du milieu. À ses pieds, les plus joueur(euse)s d’entre vous apprécieront se faufiler au milieu des nombreuses dalles calcaires. Cette première journée de vélo tout terrain hors milieu urbain fut une belle découverte d’un spot coincé entre Cévennes et Camargue, tellement sauvage et si près de la ville.

Sous le Pont du Gard, les plus joueur(euse)s d’entre vous apprécieront de se faufiler au milieu des nombreuses dalles calcaires.

04. La vallée de la Vaunage.

Une soirée conviviale pouvant rendre la mise en route du lendemain un peu laborieuse, c’est avec joie que nos premiers tours de roues urbains se poursuivent sur la voie verte de la Vaunage. Départ donc à vélo, six kilomètres pour rejoindre la magnifique piste cyclable de vingt-deux kilomètres entre Caveirac et Sommières, à l’ouest de Nîmes. Son parcours assez plat offre des vues panoramiques sur les vignes et les crêtes couvertes de garrigue et, surtout, permet d’accéder aux nombreux parcours de VTT. Agglutinés tout du long de cet axe hors de la ville, ces spots de VTT ont contribué à la réputation du fameux raid Offroad « Les balcons de la Vaunage ». Malgré son abandon, une belle randonnée est organisée chaque année et réunit pas loin de mille vététistes chaque fin du mois d’avril (le 30 cette année).Tel un amphithéâtre, la vallée est encerclée par de grandes collines truffées de petits sentiers ultra ludiques. D’après certains locaux on compterait pas loin de quatre cent kilomètres de singletracks, pour tous les niveaux. Un labyrinthe dans lequel il est bienvenu de se perdre, alternativement dans les sous-bois de chênes verts ou dans la garrigue. Masets, clapas et capitelles se révélant de précieux repères. Tel le torero qui enchaîne ses passes, pour jouer avec son vélo sur la trace, faire preuve d’agilité est une nécessité essentielle pour rouler avec célérité dans cette arène naturelle.

Les sentiers sont parfois balisés et permettent de suivre un parcours tandis qu’une multitude de traces partent dans tous les sens. Vététistes, chasseurs, trailers et randonneurs ont dessiné un terrain de jeu qui semble infini. Certaines zones ont vu apparaître des aménagements comme des virages relevés et des sauts. Ambiance DH du côté de Saint-Côme, proche du décollage de parapente ou esprit enduro au dessus de Sinsans (facile à trouver, suffit de viser la tour de vigie incendie).
Offrant jusqu’à deux cent mètres de dénivelée, il y a de quoi se fumer les jambes à la montée, et choper les bouteilles au bras à la descente.
Cette vallée préserve de la monotonie, avec un alternance régulière et fréquente de terrains, idem avec les paysages. Un choix parmi des plongées en sous-bois de chênes verts, un flirt avec les vignes, une danse cyclopédique dans l’épineuse garrigue, des pauses contemplatives sur les crêtes et un jeu  avec les ombres et les marches dans les carrières qui ont fourni la matière servant à bâtir cette ville impressionnante, unique et attachante.

Extasié, repu, enjoué, ému, défoulé et détendu, je quitte Nîmesavec l’intime conviction d’y revenir pour rouler et partager un moment privilégié :en famille, à deux ou entre potes passionné(e)s de VTT ? Pour un roulage de printemps ?Quand on aime Nîmes, c’est tout l’année et peu importe la sauce en fait !

Franck, quarante-cinq ans, habite à 12 kilomètres de Nîmes dans le village de Langlade, au cœur de la Vaunage. Idéal pour ses trois sorties hebdomadaires, en moyenne. Pratique le VTT depuis presque trente années, bien loin est le temps de son premier VTT de la marque MBK.
Dans son garage de passionné de VTT, et de vélo en général : un Giant Trance Advanced de 2017, un Specialized Stumpjumper (qui sert surtout à son fils), un Specialized Fuse 2017, un Rocky Mountain Element de 2010, un Specialized Tarmac 2016.

– Tu vis au milieu des sentiers ?
J’ai  choisi la situation de ma maison proche des singletracks … qui partent devant chez moi. Nous sommes à quelques centimètres d’un des paradis du VTT avec des centaines de kilomètres dans la Vaunage.

– Tes spots préférés à Nîmes et alentours ?
Saint-Côme et Junas, dans la vallée de la Vaunage, que je trouve très belle. Les sentiers y sont très ludiques, ça tourne, ça monte, ça descend, c’est joueur. Il y assez de dénivelée pour des descentes longues (pour le coin) et en haut on profite de beaux points de vue. Et j’adore admirer les capitelles (anciens abris agricoles eta pastoraux) et les clapas (murs de pierre sèche montés suite à l ‘épierrement d’une terre en vue d’en faire un champ).

– Roules-tu parfois ailleurs qu’à Nîmes ?
Oui je roule partout afin d’assouvir ma passion étant un maniaque du singletrack. Ma destination préférée étant le Queyras. Suivie de près par les Gorges du Tarn, que je trouve magiques. J’apprécie également les Pyrénées dans toute leur largeur.

– Où conseillerais-tu de rouler autour de Nîmes ?
Je conseille de rouler dans toute la Vaunage car il y a des sentiers partout avec du ludique, du technique, du roulant. Pour tous les niveaux. J’ai un coup de cœur pour  les carrières de Junas et leur ambiance extraordinaire.

Maxence, dix-sept ans (et demi), habite juste à côté de Nîmes dans un petit village qui s’appelle Caissargues. Pratique vraiment le VTT, typé allmountain / enduro,  depuis trois ans et roule sur un Specialized Stumpjumper 2017.

– Tu pratiques en loisirs, en compétition ?
Uniquement en loisirs. J’aimerais bien participer à quelques compétitions enduro mais il n’y a pas grand chose par chez nous et il faut se déplacer. Pas toujours facile car je ne suis pas autonome, je n’ai pas le permis de conduire. Du coup je pratique essentiellement avec mon père. Mais c’est génial de partager notre passion commune.

– Difficile donc de pratiquer autant que tu voudrais ?
Carrément ! Je roule en moyenne une fois par semaine. Parfois deux si je n’ai pas trop de boulot. Puis il m’arrive de ne pas rouler pendant un à deux mois. Dans tous les cas, le VTT me manque vite.

– Quels sont tes spots préférés à Nîmes et alentours ?
Mon spot préféré est de loin celui de Sinsans, dans la Vaunage à vingt minutes de Nîmes. C’est ce que je préfère dans le VTT : tu montes tranquille par une piste DFCI puis arrivé là-haut t’as une super vue. Ensuite tu as le choix entre les six ou sept “spéciales” typées enduro !
J’aime aussi Vauvert, toujours à vingt minutes de Nîmes. Là-bas c’est différent car plus allmountain voir cross-country. J’aime me mettre le compte en roulant fort … ça monte ça descend, ça monte ça descend, et que sur des singletarcks en sous-bois !

– Tu m’as parlé de vidéos que tu as tournées dans le coin. Comment peut-on les voir pour se faire une idée du terrain ?
C’est sur YouTube que ça se passe : rechercher “Maxence Cabrié” et on retrouve mes videos tournées dans les spots cités. Il y a différents formats, avec ou sans musique, toutes les descentes de Sinsans de A à Z. Ne pas hésiter à aimer les videos pour que le spot soit de plus en plus connu 😊.

Camille, quarante-cinq ans, habite dans le centre-ville de Nîmes, sur une des sept collines : le Mont Duplan. Pratique le VTT depuis vingt-cinq ans. Très occupé par son travail il aimerait pouvoir rouler plus qu’une fois par semaine. Pratique le VTT à assistance électrique depuis trois ans. Après un Haïbike Xduro à moteur Bosch, c’est désormais sur un Specialized Levo qu’il se régale sur tous types de parcours.

– Tes spots préférés à Nîmes et alentours ?
Les Gorges du Gardon et la garrigue autour de Poulx. Et bien entendu la Vaunage, au départ, ou pas, de Calvisson.
J’aime aussi les parcours un peu plus roulants dans le bois des Espeisses et au Clos Gaillard. Deux sites en périphérie de Nîmes, accessibles aux enfants en plus.

– Tu m’as parlé d’un tracé sympa à parcourir à VTT, celui du « NUT ». Qu’est-ce donc ?
Le « NUT » (Nimes Urban Trail) est un trail urbain qui passe par les coins emblématiques de Nîmes et permet de découvrir son patrimoine romain. Certes il y a des escaliers mais il est praticable en grande partie sans risque à VTT. Pour environ 25 kilomètres, les 600 mètres de dénivelée positive rappellent que Nîmes est entourée de collines.

– J’imagine qu’il y a des restrictions dans certaines zones de la ville, non  ?
Il y a quelques restrictions bien sûr : le patrimoine romain est fragile et même si les parvis sont accessibles il faut les ménager. De plus  les Jardins de la Fontaine et la Tour Magne sont interdits aux VTT. Dans l’Écusson (le centre historique de Nîmes), les rues sont  étroites et en période d’affluence la circulation à vélo est compliquée). Mais il existe de plus en plus de pistes cyclables et les couloirs du tram-bus sont autorisés aux vélos (pictogrammes au sol).

INFORMATIONS PRATIQUES - BONS PLANS

– Nîmes est rapidement accessible grâce à une gare TGV (Paris à 3h, Lyon à 1h20) et une desserte autoroutière complète ( Lyon à 2h, Toulouse et Nice à 3h, Clermont-Ferrand et Genève à 4h)

– Fraîchement inaugurée, la résidence hôtelière Appart’city Nîmes-Arènes est idéalement située face aux Arènes. Cachet assuré pour ce camp de base confortable, où le matériel est facilement entreposé.

– La gastronomie nîmoise est riche en saveurs et couleurs. Ses influences méditerranéennes, latines et cévenoles proposent des mets aux caractère multiples. Ne ratez pas les halles de Nîmes, et n’hésitez pas à vous poser au comptoir d’Arlette pour déguster une saine cuisine à la plancha, et autres spécialités méridionales : Halles auberge.Réservation très vivement recommandée !

– L’amphithéâtre le mieux conservé du monde romain (les arènes de Nîmes), s’admire de l’extérieur et de l’intérieur. Visites guidées toute l’année. Et ce cadre exceptionnel accueille des événements culturels de grande envergure, notamment des concerts majeurs. Une programmation éclectique à retrouver sur le site web des arènes.

Pour rouler il y a plusieurs options selon vos motivations, votre niveau.

– Vous maîtrisez parfaitement la lecture de cartes (IGN TOP25 2842 OT – Sommières / Vergèze) et disposez d’un excellent sens de l’orientation alors s’offre à vous la foultitude de sentiers entre Caveirac et Sommières. Pour les gorges du Gardon, évitez de vous fier à votre expertise … falaises, ravins, fissures et autres obstacles peuvent rendre infernale votre balade et vous mettre en danger.

– Plus confortables, les parcours balisés du site FFC « Pays de Sommières ». 115 kilomètres répartis en cinq circuits, au départ de Calvisson. Point information au magasin «Vaunage Passion Vélos ».

– Participez à la rando VTT « Les terres de la Vaunage ».  Le 30 avril prochain, six parcours de 10 à 55 kilomètres, sur un maximum de singletracks.

– Visite guidée de Nîmes, à vélo avec les guides de « Urban Bike City Tour ». Possibilité de louer des VTC et city-bike à assistance électrique, ainsi que siège-bébé ou remorque.

– Pour organiser personnellement votre séjour, l’office de tourisme de Nîmes

– Découvrez Nîmes à VTT avec Caminobike.

vtt magazinen° 314 - mai 2017

Retrouvez cet article sur le papier,
avec le plaisir de tourner les pages.


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Nîmes à VTT