Rencontrer des vainqueurs de La Forestière et rouler ensemble les passages mythiques de la course. Voilà la proposition aindécente que m’a faite Manu, coordinateur de « La Forestière ». Mon sang n’a fait qu’ain tour ! Ni une ni deux, j’ai pris la direction du massif du Jura pour un rdv dans… l’Ain, tout près d’Oyonnax, où j’ai retrouvé Thomas Dietsch et Jean-Christophe Peraud.

© Texte & photos : Greg JEAN

« La Forestière », créée en 1989 par Monsieur Forestier, est une course de VTT devenue mythique. Chaque vainqueur est fier de la compter à son palmarès. Course longue distance en ligne, première du genre, sur laquelle quelque pages de l’histoire du VTT français se sont écrites. Rouler ses passages emblématiques avec d’anciens vainqueurs, tel était mon programme annoncé. C’est à Arbent, ville-arrivée historique de la course, que je rencontre une bande de passionnés de VTT et du massif du Jura, ainsi que nos champions qui se sont fait remarqués sur la Forestière : Thomas Dietsch et Jean-Christophe Peraud. Cela a commencé par la soirée de présentation officielle de la prochaine édition qui aura lieu les 16 et 17 septembre 2017.

01. Une première soirée, officielle.

Bien que presque trentenaire « La Forestière » propose cette année encore des nouveautés qui viennent égayer la fête (voir encadré). La présentation détaillée du programme est ponctuée par les passages sur scène des partenaires, élus du territoire, Team « La Forestière », champions et … d’un coup d’un seul, mon attention est piquée par le petit groupe discret, presque timide, qui rejoint la scène. Des élèves du Lycée Armez Carme et leurs professeurs viennent présenter le projet du Trophée de la « MTB Alpine Cup ». C’est eux qui ont le privilège et l’honneur de concevoir et réaliser le trophée qui sera remis au vainqueur de cette nouvelle compétition internationale. S’en suit l’apéro dinatoire et je déguste quelques vins jurassiens pour accompagner les savoureux Comté et Bleu de Geix. Mais c’est surtout l’occasion de rencontrer mes hôtes. Nombreux sont les bénévoles à partager ce préliminaire à la grande joie d’automne. Sur les 1000 / 1200 bénévoles mobilisés les jours de la course, tous ne sont pas là bien entendu mais bien assez pour mesurer l’implication locale. Toutes et tous ne sont pas vététistes, mais très attachés à leur terroir. C’est pour beaucoup une évidence de participer à l’organisation. Et cela dure à travers le temps. C’est avec une relative affection que je note la moyenne d’âge plutôt élevée. Bien entendu, pour la grande majorité des absents c’est l’heure du « pyjama, les dents et la ’tite histoire ». Tous ces seniors qui m’accueillent sont là depuis le début de l’aventure. Je reçois avec amusement des anecdotes, des témoignages de gens totalement acquis à la cause de « La Forestière »… et si Michel Forestier, son créateur, s’était présenté aux Présidentielles à venir ?

Des élèves, du Lycée Armez Carme d’Oyonnax, et leur professeur ont le privilège et l’honneur de concevoir et réaliser le trophée qui sera remis au vainqueur de la toute nouvelle « MTB Alpine Cup ».

" … d’un coup d’un seul, mon attention est piquée par le petit groupe discret,presque timide, qui rejoint la scène … "

02. Une (très) longue journée.

Pour cette course longue distance qui traverse le massif du Jura en une seule journée, faut pas trainer à partir si tu ne veux pas louper « Stade 2 » ! Lever 6h, petit déjeuner avec Thomas et Jean-Christophe dont quelques détails dans leurs tenues m’intriguent. « T’as peur d’avoir froid Thomas, pour avoir enfilé jambières et brassières ? T’es encore un peu en Afrique du sud ? » (il rentre à peine de la Cap Epic). Pas encore sur mon vélo je comprend une des premières difficultés de cette course pour solides ! À course très longue, départ précoce ! Nous voila donc exposés à des températures fraîches. Ce détail, à ne surtout pas négliger le jour de la course, est renforcé par l’inévitable rosée en septembre, même par beau grand beau temps ! Une rosée qui rend glissants les nombreux cailloux qui parsèment le parcours. Rassurez-vous le terrain sèche quand le soleil de lève.
Avant de partir, je vérifie rigoureusement la charge de la batterie de mon zèbre électrique. La journée s’annonce très longue, qui plus est avec des avions de chasse … j’en profite donc pour tester un nouveau vélo, le Bulls E-Stream Evo Zebra, un nouveau modèle de VTT à assistance électrique de la marque allemande. Pour compléter l’escadrille, nous rejoint Bastien Michaud, le jeune vainqueur de l’ « Ultra Forestière 2016 » (100 km Cyclo + 100 km VTT).
Le parcours étant une traversée, nous commençons par une navette pour rallier notre départ, le temps de partager quelques anecdotes croustillantes de cette course au riche passé.

Posée en 1613 pour marquer la nouvelle frontière entre Franche-Comté et Bugey, la Borne au lion est un passage emblématique où le public se poste en masse pour encourager les coureurs.

03. La Combe à la chèvre et la borne au lion.

Le soleil encore bas ne suffit pas à nous réchauffer c’est donc en tournant les jambes que nous atteignons un certain confort thermique. Entre 1200 et 1400 mètres d’altitude ce début de parcours est avalé sur un bon rythme alternant sombres pessières et lumineuses prairies. D’un coup, la pente s’incline pour nous projeter dans une magnifique combe face à la Dôle : la combe à la chèvre. L’origine de son nom trouve plusieurs explications. Je doute de la véracité d’une d’entre elles : l’acteur Pierre Richard aurait participé à la course, en tête à l’entrée de la combe, tandis qu’il plaçait une énième accélération, sa chute improbable, et encore inexpliquée, l’aurait contraint à l’abandon …
Autre spot marquant un peu plus loin :  la borne au lion. Posée en 1613 pour marquer la nouvelle frontière entre Franche-Comté et Bugey, elle marque l’arrivée d’une ascension qui « défouraille ». Longue et raide, pour en sortir en tête mieux vaut avoir bouffer du lion !
En avance sur notre programme, nous profitons de la pause casse-croûte pour faire honneur à une bonne table de La Pesse. Roulant quasi tous sur des vélo Bulls, direction La Combe aux bisons ! Je ne citerai pas de nom mais certains ont gratté les bords du plat de pommes de terre gratinées, et vous seriez surpris de savoir qui !

Passation de pouvoir ? Le Parrain, de l’épreuve, laisse la lumière au nouveau champion. Thomas est recordman de victoires de La Forestière avec 7 succès ! Bastien a remporté une fois l’XCO et une autre l’Ultra Forestière (100 km cyclo + 10 km VTT).

04. Les Roches d’Orvaz et la descente du facteur.

La digestion est tonique et la somnolence point de mise. Ambiance panoramique pour notre reprise. Les Roches d’Orvaz nous rappellent que nous sommes à la montagne car nous roulons sur un singletrack, certes peu technique, mais bien près de hautes falaises qui dominent un vallon très encaissé. Bon… ça c’est pour se la raconter un peu car nous ne sommes pas si exposés au vide. Une relative marge d’erreur nous permet un tirage de bourre sur les pif-pafs et la « vieille garde » en remontre à la jeunesse fougueuse. La suite est un des mythes de La Forestière : la descente du facteur. Faudrait pas que le courrier attende, trace directe dans la pente ! L’enchainement d’épingles est avalé à vitesse grand V par nos trois avions de chasse. C’est d’autant plus impressionnant qu’ils sont sur des vélos de XC… les mains un peu basses, les fesses un peu hautes !
Pour apprécier encore mieux la lumière de fin de journée, nous observons une pause contemplative sur les bords du lac Génin. Rejoints par quelques membres du club organisateur, nous accueillons la surprise avec enthousiasme : le parcours s’arrête là pour aujourd’hui car nous allons passer la soirée à l’auberge du lac. Le diner convivial et gourmand est le théâtre de franches rigolades. Manu a pris avec lui des cartons de vieilles photos qui nous rappellent que Thomas n’est pas tout jeune en fait !
En visionnant ces photos, ce sont plusieurs pans de l’Histoire du VTT qui s’affichent à nous. Tous les noms prestigieux, qui défilent, montrent bien que cette course occupe depuis toujours une place de choix dans le monde du VTT.
Cette très longue journée fût une manière originale de découvrir un monument du VTT français !

En réalité j’ai savouré bien plus qu’un bout de Forestière.Supplément il y avait … mais un supplément d’âme !

Jean-Christophe Peraud : Vice-champion olympique de XC, vainqueur de La Forestière à deux reprises en 2003 et 2006.
Thomas Dietsch :
42 ans, Champion de France XC Marathon 7 fois, double Champion d’Europe XC Marathon, Vice-champion du monde XC Marathon, vainqueur de la Coupe du Monde XC Marathon et recordman de victoires de la Forestière avec 7 succès.
Bastien Michaud : 21 ans, vainqueur de l’Ultra Forestière et second de l’XCO. Coureur Élite du Team VC Ornans.

 

Si je vous dis Forestière, vous me répondez en un mot ou deux ?

JC : Course aventure ! Sur 100 kilomètres il peut t’arriver tellement de trucs, que tu pars sans être certain d’arriver et que tu sais que tu vas peut-être te retrouver en difficulté.

Thomas : Bénévoles et mythique ! Il y a une ambiance unique avec ces 1000/1200 bénévoles totalement dévoués à l’événement. Mythique car peu de courses ont déjà presque trente éditions. J’ai le droit à quatre mots ? Esprit VTT ! Un parcours au long cours qui renforce l’esprit des débuts du VTT, à savoir la gestion de l’effort et du matériel.

Bastien : Nature ! Le parcours traverse des espaces naturels extraordinaires. Aventure ! Car tu ne sais jamais ce qui va t’arriver ! Et dépassement ! Car pour finir, et encore plus pour gagner, il faut se dépasser tant le parcours est exigeant !

Pourquoi participer à la Forestière ?

JC : Tout simplement par envie de participer à une belle course du calendrier. Elle fait partie du patrimoine français, et international. Il y a le charme du marathon, la particularité d’un parcours linéaire et la variété des paysages.

Bastien : Je suis jurassien et j’ai toujours admiré les « grands » sur cette course. J’en rêvais c’est donc tout naturellement que j’ai d’abord participé aux Kids Forestière. C’est mon jardin et je suis très attaché à mes montagnes du Jura.

7 victoires, Thomas … c’est une formalité pour toi la Forestière ?
Pas du tout, loin de là ! Je comptabilise bien plus de participations. Je n’ai pas toujours gagné, j’ai même parfois abandonné, deux fois en 2003 et 2006 (JC en a profité pour gagner…). Une fois sur problèmes mécaniques, une autre sur blessure après chute. C’est une course éprouvante. Le départ est tôt et à cette époque les nuits sont fraîches, il y a donc toujours une rosée, même par beau temps, qui rend le terrain glissant.

JC, tu n’ étais pourtant pas un spécialiste des longues distances ?
J’ai toujours préféré l’intensité à la longueur. Aussi bien à vtt qu’à vélo de route (second du Tour de France 2014 – N.D.R.). J’étais même rebuté par ça. La Forestière est la seule longue distance à laquelle j’ai participé.

Avez-vous connu des difficultés sur cette course ?
JC : Oui un certain nombre. Déjà, ce qui pique, c’est l’heure de départ. Pour être sur la ligne à 8h, il faut se lever à 5h pour pour s’alimenter trois heures avant l’effort, rejoindre le départ car c’est un traversée, se préparer,… et il caille, si tôt à cette époque de l’année.

Thomas : Au début des pneus tubuless, qui n’étaient vraiment pas solides. Après cinq crevaisons, j’ai du attendre vingt minutes par mauvais temps pour changer ma roue. J’ai fini cinquième mais très fatigué.

Vous y avez quand même de bons souvenirs ?
JC : Oui mon titre de Champion de France XC Marathon, le premier de l’Histoire décerné en 2003. Et une seconde victoire en 2006 … merci Thomas pour tes abandons !

Thomas : Pleins de bons souvenirs. Chaque édition est unique et a une saveur particulière. Une de mes victoires qui me permet d’obtenir le titre de Champion de France XC Marathon m’a offert le plaisir de monter sur le podium avec ma fille.

Bastien : Il y a tous mes souvenirs d’enfance, des rêves plein la tête en tant que spectateur, mais le plus fort est ma victoire en 2016 sur l’Ultra Forestière, le classement combiné de la course cyclosportive du samedi et du XC marathon du dimanche. 100 kilomètres de route, autant à VTT le lendemain . À ma première participation à l’Ultra, j’avais abandonné lors de l’épreuve VTT car j’étais cuit et les conditions climatiques étaient difficiles.

On vous reverra sur cette course ?
JC : Non, ni sur aucune autre, que ce soit à VTT ou vélo de route. Ma pratique est désormais uniquement en loisir. Même dans le cadre de mes nouvelles activités avec B’Twin, pour qui je participe au développement des produits cyclistes (chaussures, textiles, casques, cadres)

Thomas : Oui mais en tant que parrain de l’événement. Je ne suis pas jurassien, mais j’aime beaucoup venir ici et partager de bons moments avec l’organisation. Quand je courais je me débrouillais toujours pour arriver quelques jours avant et repartir un peu plus tard. Je profitais de rouler dans le coin, de rencontrer les locaux et de participer au repas des bénévoles, un moment toujours très convivial.

Bastien : Oui ! J’aimerais gagner le XC Marathon ou une nouvelle fois le XCO.

Qui a gratté le plat de pommes de terre gratinées ???

JC : Thomas

Thomas : JC

Bastien : pas moi !

MTB ALPINE CUP

C’est LA GROSSE NOUVEAUTÉ de l’édition 2017.

Approuvées par l’UCI


La  » MTB Alpine Cup  » n’est pas une Coupe du monde bis mais plutôt un challenge incluant les plus belles épreuves VTT marathon en Europe.
La HERO Südtirol, la MB Race Culture Vélo, le Grand Raid BCVS et la Forestière Bulls Bikes font toutes parties du circuit UCI Marathons Series.

 

Qui pour le titre de King ou Queen ?

Les pilotes vont se livrer quatre batailles pour tenter de monter sur le trône et devenir le roi ou la reine de la  » MTB Alpine Cup « . Plus de 450 kilomètres et 19500 mètres de dénivelée positive cumulés sur ces quatre épreuves. Les leaders défendront leur couronne sur chaque étape et le vainqueur final sera désigné à l’issu de la Forestière Bulls Bike, ultime étape du challenge. Le classement sera établi en fonction du nombre de points marqués sur les 4 courses. Pour féliciter de telles performances, un bon prize-money et un trophée viendront récompenser les  » King  /Queen  » du VTT marathon.

Le trophée qui sera remis pour célébrer cette victoire internationale a été conçu et réalisé par des élèves d’un lycée d’Oyonnax. Chaque année le trophée sera remis au nouveau vainqueur.

Les quatre épreuves de  » MTB Alpine Cup  » :
– En Italie, la Hero Südtirol Dolomites, 16 et 17 Juin
– En Suisse, le Grand raid BCVS, 18 et 19 Août
– En France, la MB Race Culture Vélo, 1er et 02 Juillet
– encore en France, La Forestière Bulls Bikes, 16 et 17 Septembre

vtt magazinen° 314 - mai 2017

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